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Sans projet, il faut courir tous les jupons car tous se valent. Il
faut ouvrir toutes les portes, - ou plutôt, il faudrait car les portes
n'ont de sens et d'existence qu'à qui veut s'évader et seul
qui projette peut songer à s'évader.
Réciproquement, tout projet est une évasion.
Le projet semble d'abord élaguer le présent, le réduire
donc. Mais cela n'est point. Il en désigne et marque plutôt
de possibles rameaux. Nul ne peut élaguer qui n'a su d'abord
s'emparer des branches.
Or que l'on agisse ou pas, le temps élague. Rien d'achevé
comme cette perle du présent. Aussi, projeter c'est plutôt
tenter de sauver du sécateur la rose qui sans cela n'aurait jamais
vécu.
"La Nature a lieu" disait Valéry, "on n'y ajoutera
pas". Voire! Le projet dé-termine, il dés-achève
la Nature.
La vision ne peut se réduire impunément à l'illusion
d'optique. L'en dehors, le hors-là crée une disonnance dont
s'enrichit le présent. L'alpha est indéniable puisqu'on en
parle. Mais l'oméga dès qu'il se pose, ici et maintenant
ne l'est pas moins. |
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